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Voix Off #10

Dernière mise à jour : 1 juil.

Stella Peel. Sans artifices, fidèle à l'esprit underground


Incontournable de la scène alternative niçoise, Stéphanie trace sa route loin des effets de mode. Révélée dans les années MySpace avec son projet Stella Peel, dont le premier album fut enregistré par Steve Albini et masterisé par Bob Weston, elle a toujours privilégié l'authenticité à la recherche de visibilité.

Entre rock minimaliste, dark wave, engagement associatif et passion pour les scènes locales, Stéphanie revient pour La Vida Music sur son parcours, ses influences et son regard sur l'évolution de l'underground régional.


Stéphanie, qui es-tu?

Je suis niçoise, j'ai étudié à la faculté de Lettres de Nice. Comme beaucoup de musiciens de la scène indépendante, je mène une double vie: j'exerce un métier à côté de la musique. Même si certains de mes collègues sont déjà venus me voir sur scène, j'aime préserver une certaine séparation entre ces deux univers.

J'évolue dans l'univers du rock indépendant, des scènes alternatives et, surtout, des scènes locales. C'est là que je me sens le plus à ma place, au plus près des artistes, des salles et du public.

Si je devais résumer mon univers en une image, ce serait celle d'un petit local de répétition entièrement noir, perdu au fond d'un garage.


Raconte-nous un peu ton parcours musical

Stella Peel était au départ un projet personnel. J'ai commencé à enregistrer quelques morceaux sans véritable ambition. À l'époque de MySpace, les retours ont été plutôt positifs et j'ai eu envie de les jouer sur scène avec d'autres musiciens.

Nous avons d'abord été un trio avec Yann Leclanche à la batterie, puis un duo avec Sylvain, mon compagnon. Et puis nous avons mis le projet en pause pendant près de quinze ans, principalement pour des raisons professionnelles. Le concept de Stella Peel est resté le même: faire du « Minimum Rock'n Roll ».

Après le confinement est né Code 150. Bruce Lane m'a proposé de venir jouer de la musique dans un garage, sans objectif précis. Cela me convenait parfaitement, car je n'avais plus vraiment envie d'intégrer un groupe. Petit à petit, nous sommes devenus un quatuor et avons même donné notre premier concert à Rome. Aujourd'hui, nous poursuivons l'aventure en duo avec Delphine Luminet. J'aime définir ce projet comme de l'Alternative Dark wave.


Tu as participé à d'autres formations auparavant?

Oui, plusieurs. Certaines ont abouti, d'autres beaucoup moins. J'ai notamment joué de la basse dans Kryptonite Def. À l'époque, j'étais persuadée qu'on n'entendait pas les bassistes, ce qui me rassurait énormément !

J'ai ensuite rejoint Killer Crocodile à la guitare. Quand j'y repense, je me dis qu'il faudrait peut-être qu'un jour je trouve des noms de groupes qui aient vraiment un sens...


Quelles sont les influences qui ont façonné ton univers?

Mon adolescence a été profondément marquée par Nirvana et toute la scène alternative des années 1990. Leur philosophie du « viens comme tu es » me parle encore aujourd'hui. J'ai également toujours admiré leur capacité à mettre en lumière des groupes moins connus qu'eux.

Je fréquentais beaucoup les concerts organisés dans les facs, les bars ou les petites salles. La scène locale m'a toujours davantage attirée que les grands spectacles internationaux. J'aime cette proximité avec les artistes.

En parallèle, je lisais religieusement le magazine Elegy, consacré à la culture gothique. Chaque numéro contenait un CD de découvertes. À l'époque, Internet n'était pas omniprésent: on découvrait de nouveaux groupes grâce aux cassettes copiées entre amis, aux médiathèques, aux disquaires ou encore dans les soirées rock du News et du Subway. Je n'ai jamais vraiment appartenu à une seule communauté musicale. J'ai toujours préféré rester un électron libre.



Comment naissent tes chansons, de la composition jusqu'aux textes?

Je compose de façon très instinctive. Je joue, j'expérimente et, lorsqu'une idée me plaît, je construis le morceau autour. Je ne cherche pas forcément à faire passer un message: si une chanson existe, c'est avant tout parce que j'aime la jouer.

Pour les textes, certaines chansons naissent d'une simple ambiance, d'autres d'un film, d'une histoire ou d'un reportage. En revanche, je n'aborde jamais la politique. Je ne considère pas avoir une quelconque légitimité à diffuser mes opinions à travers mes chansons.

J'écris principalement en anglais, car je trouve que cette langue se prête mieux au rock que le français. Il m'arrive même de chanter en allemand, sans pourtant parler cette langue!


Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Je prépare actuellement un nouveau disque avec chacun de mes projets.

Ce qui me motive de plus en plus, c'est la possibilité de jouer ailleurs, de découvrir d'autres villes et d'autres pays, et surtout de rencontrer des passionnés qui partagent le même état d'esprit que nous.


Le rock reste un univers historiquement très masculin. Quel regard portes-tu aujourd'hui sur la place des femmes dans cette scène?

Cela reste une difficulté, mais la situation a énormément évolué en vingt ans.

Aujourd'hui, on s'adresse à moi comme on s'adresse à Sylvain. Ce n'était pas forcément le cas lorsque j'ai commencé.

Les jeunes musiciennes ont désormais accès à une scène beaucoup plus ouverte, même si le combat pour l'égalité n'est évidemment pas terminé. Mais c'est encourageant de voir à quel point les mentalités ont changé.


Quel rôle jouent aujourd'hui les associations dans le paysage musical régional?

Chaque structure a son identité. L'Asso 7 est très active autour du rock et du stoner, Victory Production dans le métal, tandis que Les Éditions Mono-Tone, La Vida Music, Poutrasseau, Dark PACA ou encore L'Oreille qui Gratte participent depuis longtemps à faire vivre la scène niçoise et maralpine.

Ce qui est remarquable, c'est l'entraide qui existe entre les associations. Nous essayons de coordonner nos événements afin d'éviter les chevauchements de dates. Cela donne parfois naissance à des collaborations improbables mais très réussies.

"Ce qui est remarquable, c'est l'entraide qui existe entre les associations et qui font vivre la scène niçoise et maralpine."

Toutes partagent le même objectif: donner davantage de visibilité aux artistes locaux et permettre au public de découvrir des propositions variées à des tarifs accessibles.

Personne ne s'enrichit avec la musique alternative. Quand on propose deux groupes pour 5 euros l'entrée, l'idée est simplement de permettre à chacun de venir découvrir de nouvelles choses.


Comment vois-tu l'évolution de la scène rock indépendante régionale depuis vingt ans?

Nous avons connu plusieurs groupes qui auraient pu franchir un cap mais qui ont manqué de chance. À mes yeux, la musique représente environ 80% de travail et 20% de circonstances favorables.

Le principal changement reste toutefois l'évolution de l'industrie musicale. Aujourd'hui, des milliers de projets sont accessibles instantanément. Le problème n'est plus de trouver de la musique mais d'exister au milieu de cette abondance.

La difficulté est devenue essentiellement une question de communication. Les règles du jeu ont complètement changé. Personnellement, cela ne me préoccupe pas énormément. Je ne cherche pas à faire carrière; je cherche avant tout à continuer à jouer.


Quel conseil donnerais-tu aux jeunes artistes qui se lancent aujourd'hui, et particulièrement aux femmes?

C'est un milieu extrêmement exigeant sur le plan émotionnel. Il faut être solide, passionnée et probablement un peu fou pour s'y engager. Même aujourd'hui, avant chaque concert, je me demande encore ce que je fais là.

Les musiciennes qui ont connu les années 1990 et 2000 seront probablement d'accord avec moi: les choses ont énormément évolué. À l'époque, il était souvent plus facile d'être acceptée comme chanteuse ou bassiste que comme guitariste ou compositrice.

J'ai eu la chance de croiser des personnes qui ne faisaient aucune différence et pour qui seul comptait le plaisir de jouer ensemble.

Aujourd'hui, les musiciennes sont beaucoup plus reconnues, même s'il reste du chemin à parcourir. Les nouvelles générations ont une ouverture d'esprit que nous ne rencontrions pas forcément il y a vingt-cinq ans. J'apprécie également de voir de plus en plus de techniciennes travailler dans le secteur. Mais au fond, ce qui compte n'est pas le genre de la personne: ce sont ses compétences, son engagement et ce qu'elle apporte aux autres.


Stéphanie nous raconte l'histoire d'une femme artiste libre et passionnée par la musique live, les rencontres et les aventures collectives. Qu'il s'agisse de Stella Peel, de Code 150 ou de son engagement associatif, Stéphanie nous rappelle que la richesse de l'underground ne se mesure ni en chiffres ni en algorithmes, mais dans les liens qu'il crée entre les artistes, les organisateurs et le public.


Et pour d’autres portraits d’artistes, d'inspirations et découvertes musicales, rendez-vous sur le blog de La Vida Music.



La Vida Music Label Indépendant

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