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Voix Off#5

Entretien avec Jacques Delorenzi,

une vie en pop et en harmonies


Jacques Delorenzi compose, enregistre et chante des chansons pop portées par des harmonies riches et lumineuses, dans l’héritage direct des Beatles. Ancien membre des Border Boys (fondé par Louis-Philippe et Champollion) groupe culte des années 80, Jacques est resté fidèle à son univers élégant et sincère, nourri d’expériences de scène et de studio, et cette envie intacte de faire vibrer les cœurs et les esprits. 

Rencontre avec un amoureux du son juste, de la voix posée au bon endroit, et des refrains qui restent longtemps.



Jacques, tu as derrière toi plus de trois décennies de création musicale. Comment a évolué ton rapport à la musique au fil du temps?

Je ne me suis jamais posé ce genre de question, mais en y réfléchissant, je pense que c’est plus les rencontres avec d’autres musiciens qui m’ont amenées à ce que je suis musicalement.

J’ai eu une enfance baignée dans la musique classique jusqu’à mes 10 ans. Je me souviens très bien du jour où j’ai « basculé » : des vacances en Camargue, en voiture avec ma famille quand la radio a passé « Penny Lane » des Beatles ! J’ai encore le paysage et l’odeur de la pipe de mon père ! À partir de là, le piano de la famille s’est retrouvé dans ma chambre et j’ai commencé à décortiquer toute l’œuvre des Fab.

Après ce flash qui m’accompagne toujours, j’ai navigué au gré des rencontres... Un ami m’a fait découvrir Marcel Dadi, ce qui m’a permis de travailler la guitare (avec modération, je ne suis pas un grand technicien).

Je pense que la suite ressemble beaucoup à celle de nombreux musiciens : le premier groupe dans lequel personne ne veut prendre la basse... et donc beaucoup de rencontres plus ou moins intéressantes mais qui m’ont permis de découvrir ma personnalité musicale. J’ai toujours voulu essayer d’aborder des styles qui ne me sont pas familiers par curiosité, mais je reviens toujours à ma première électrocution : la pop anglaise et la richesse de son répertoire. 

J’ai construit ma personnalité musicale en explorant plusieurs styles, tout en revenant toujours à ma première révélation : la pop anglaise.

 

Les harmonies vocales sont au cœur de ton style. Qu’est-ce qui te fascine dans cette forme d’écriture musicale?

J’ai été totalement envoûté par les harmonies des Beatles. Qu’elles soient rock ou douces, elles n’étaient pas lisses et pas forcément parfaites, mais il y avait une telle intensité et un tel plaisir qui s’en dégageaient ! (réécoutez "Nowhere Man" ou "Baby’s in Black" !). Je n’ai jamais vraiment apprécié celles des Beach Boys qui, pour moi, étaient trop académiques, trop propres.  

 

Les Beatles semblent être une source majeure d’inspiration pour toi. Qu’as-tu retenu d’eux en tant que compositeur? D'autres groupes qui t'ont inspirés?

Oui, j’en parle beaucoup hein?... Je devais avoir une quinzaine d’années lorsque je suis allé voir le film « Let it be » dans une salle Art & Essai. J’ai été complètement fasciné par le rapport qu’ils avaient avec leurs instruments. Ils les posaient n’importe comment, sans lien particulier. J’avais l’impression que ce n’était dans leur main qu’un vulgaire bout de bois, et j’ai trouvé ça génial ! Encore une leçon : ce n’est pas l’instrument ni sa qualité qui font une bonne chanson ou un bon musicien ! Il y a tellement de choses qu’ils m’ont apprises... La curiosité, le plaisir de jouer ensemble, le mélange des styles... Mais ce ne sont pas les seuls à m’avoir marqué. Je pense aussi aux Who et leur énergie, Les Turtles, Squeeze, XTC, Crowded House, Martin Newell... et William Sheller qui ne me quitte pas depuis mon adolescence.

 

Tu as fait partie des Border Boys, un groupe devenu culte. Comment les as-tu rejoints et que t’a apporté cette aventure humaine et artistique?

Je ne souviens pas trop comment je les ai rencontré (peut-être une petite annonce dans Rock & Folk?), mais je rappelle très bien la première audition : Jean-François Champollion et (Louis) Philippe Auclair ont ouvert une bonne bouteille de vin (sûrement du Bourgogne), nous avons beaucoup parlé et joué des morceaux des Kinks et autres pépites que je ne connaissais pas encore... et surtout de mémoire, nous avons accroché tout de suite. Pour moi, ça a été la plus belle rencontre musicale jusqu’à maintenant. J’y ai retrouvé tout ce que je recherchais dans la façon de travailler les morceaux, les harmonies. Les belles mélodies de (Louis) Philippe, les superbes arrangements de Jean-François. On était curieux, on essayait beaucoup, on s’amusait aussi ! On a beaucoup enregistré, sur cassettes, sur bandes, à la campagne, en studio, à la maison. La rencontre avec l’excellent batteur Philippe David avec qui nous avons passé des moments inoubliables... Nous avons expérimenté la mini-tournée Belgique-Angleterre entassés dans une 4L fourgonnette, les joies du travail en studio, concert mémorable au Forum des Halles en première partie de Tuxedomoon. Nous avons toujours eu beaucoup de plaisir à nous retrouver pour le plaisir et pour jouer aussi, et je regrette que l’on ne soit pas allés un peu plus loin dans cette belle histoire. 

Les Border Boys c'est une rencontre musicale immédiate et inspirante. Complicité, créativité et aventures partagées qui reste à ce jour la plus belle rencontre de ma vie de musicien.

 

Peux-tu nous parler de ton processus de composition? Est-ce la mélodie qui vient en premier, ou le texte?

C’est essentiellement par la musique. Lorsque la mélodie arrive, les arrangements sont déjà présents. J’ai déjà une idée assez précise du résultat final. Après, il peut y avoir des imprévus et des bonnes surprises. Il peut y avoir aussi la limite de ma technique. Je ne suis pas un grand instrumentiste, du coup, je peux faire appel à un ami ! En fait, un morceau commence d’abord dans ma tête, sans le support d’un instrument. Je me le chante intérieurement jusqu’à ce qu’il se fige avec les arrangements et c’est seulement à ce moment-là que j’essaie de le transposer au piano ou à la guitare. Après vient le moment douloureux de recherche du texte... Très laborieux et beaucoup moins de plaisir, j’ai toujours l’impression d’avoir raconté quelque chose avec ma musique que je n’arrive pas à transcrire en mots.

 

En studio, est-ce que tu recherches un son très précis? Comment construis-tu cet équilibre entre vintage et modernité?

Je ne suis pas très intéressé par le son. Ce qui m’intéresse c’est l’harmonie. Le mélange des instruments et ce qu’ils s’apportent les uns aux autres (encore une leçon que m’ont apprise les Beatles !). C’est toujours ce que je demande aux musiciens qui jouent avec moi. En restant dans les accords, essayez de vous éloigner du jeu des autres. Je ne cherche pas la modernité à tout prix, et je trouve le son vintage très moderne aujourd’hui ! Je crois que ce qui est le plus important, c’est la curiosité et le plaisir de se surprendre.

 

Qu’est-ce qui te motive aujourd’hui à continuer à écrire, enregistrer et chanter?

Le plaisir avant tout, mais aussi la petite musique dans ma tête qui vient toute seule et qui vient me hanter jusqu’à ce que l’enregistre. Et puis les rencontres, les échanges, les découvertes qui stimulent.

Plus que par la recherche d’un son précis, je privilégie la curiosité et le plaisir de créer, motivé par la “petite musique” qui me poursuit et par les rencontres qui nourrissent mon inspiration.

 

Travailles-tu actuellement sur de nouveaux projets?

Certains sportifs s’entraînent pour garder la masse musculaire, moi je préfère jouer dans un groupe de reprises de pop (anglaises évidemment) pour garder la foi et jouer sur scène. J’essaie de remonter mon groupe «CARTS» et démarre un nouveau projet avec Jean-Pierre De Crignis, un ancien chanteur des «CARTS», ami d’enfance et tatoueur-artiste peintre ! C’est nouveau pour moi car je travaille essentiellement sur séquences... Gaffe Depeche Mode, on arrive !

 

Avec toute ton expérience, que conseillerais-tu aux jeunes artistes qui démarrent?

Ne pas s’enfermer dans un style, prendre du plaisir, beaucoup de plaisir, ne pas se focaliser sur son instrument mais écouter les autres musiciens, jouer ensemble ! Et enfin laissez venir la musique si vous souhaitez composer. Même si vous avez l’impression de l’avoir déjà entendu, allez au bout du processus. Même les plus grands ont composé à partir des mêmes suites d’accords et se sont inspirés des autres pour créer des mélodies tout aussi belles et différentes.

Jacques Delorenzi a collaboré avec Louis Philippe, les Arcadians, les Border Boys, Eric Blakely and the Blame, entre autres. Avec son groupe Les Carts, il a notamment joué en première partie de Billy Paul et L’affaire Louis Trio.

Jacques Delorenzi travaille et vit en région parisienne et a collaboré à plusieurs concerts et albums enregistrés par Routes Productions/La Vida Music


Et pour d’autres portraits d’artistes et découvertes musicales, rendez-vous sur le blog de La Vida Music.

La Vida Music Label Indépendant

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