
Entretien avec Michel Borla – L’âme derrière la chanson
En six albums, Michel Borla, auteur-compositeur-interprète, a indéniablement apporté une touche personnelle dans le paysage actuel de la chanson française d’inspiration folk pop. Des textes en clair-obscur portés par une musique influencée par le songwriting anglo-saxon, mais résolument tournée vers la chanson française d’aujourd’hui.
Nous avons échangé avec lui autour de son parcours, de ses inspirations et de ce qui anime sa musique — une conversation à son image : sincère, poétique et un peu hors du temps.

Michel, comment a commencé ton parcours en tant qu’auteur-compositeur-interprète ?
J’ai longtemps joué des chansons connues ou moins connues d’auteurs-compositeurs (anglophones surtout), j’ai accompagné d’autres chanteurs, à la guitare et à la basse, joué dans des groupes et c’est uniquement quand j’ai dû quitter tout cet univers qui me portait (en 2000, lors de mon retour dans le sud) que je me suis rendu compte que je savais à peu près construire une chanson (enfin une chanson ‘classique’) et utiliser toutes ces suites d’accords que j’avais apprises, pour mon propre compte. Restait à trouver quelque chose à dire, et surtout, comment le dire.
« Je savais construire une chanson, restait à trouver quelque chose à dire, et surtout, comment le dire.
Quels artistes ou moments ont le plus influencé ton style musical?
J’ai été influencé par des artistes comme Neil Young, Dylan, Donovan pour les Anglo-Saxons et tous ceux qui on fait le lien entre ces artistes anglophones et la chanson française, notamment des gens comme Graeme Allwright, pour Cohen par exemple, et Hugues Aufray qui a été littéralement le ‘passeur’ de Dylan. Ces artistes étaient vraiment une charnière importante pour moi entre la France et principalement l’Angleterre et les Etats-Unis. Et puis il y a eu Le Forestier, Yves Simon, Miossec, (qui a fait exploser la métrique!) et aussi des gens moins connus qui, pour moi sont aussi pétris de ‘songwriting’, comme Sylvain Vanot à une époque ou bien Jean-Louis Murat, qui fait un lien exigeant avec la poésie française moderne.
Comment décrirais-tu ton univers musical en quelques mots?
C’est l’univers du clair-obscur, de ce qui n’a pas été, qui aurait pu être, tout ce qui, par les manques, ouvre l’imaginaire. C’est vrai, mon univers est très axé sur les failles. J’ai beaucoup de mal à écrire des choses ensoleillées mais si on écoute bien, il y a toujours un brin de lumière quelque part dans mes textes.
Où trouves-tu généralement l’inspiration pour écrire tes textes?
Un bout de phrase qui me vient spontanément, une phrase que l’on m’a dite et qui ressurgit, quelques mots entendus à la radio et qui, décontextualisés, vont ricocher et peut-être produire un texte si tant est qu’ils veuillent bien se laisser entraîner quelque part. C’est parfois aussi une expérience personnelle que j’enfouis sous d’épaisses couches d’imaginaire.
« L'univers du clair-obscur (...) des mots entendus qui vont ricocher et produire un texte.
Y a-t-il une chanson que tu as écrite et qui te tient particulièrement à cœur? Pourquoi?
Oui, Tuer le Temps, sur mon premier album éponyme. Finalement, sur quoi d’autre que le temps écrivons-nous? Dans cette chanson, il est question des amours, amitiés qui nous ont forgés. et qui, tels des visages dans l’eau d’une rivière, ressurgissent ça et là sous diverses formes dans notre présent. C’est la permanence de notre passé. Mélancolie, oui mais pas de nostalgie. Je pense, j’espère m’appuyer sur mon passé pour construire. Étonnamment cette chanson a aussi séduit d’autres artistes puisqu’il en existe une version en espagnol et une autre en anglais.
« Je pense, j'espère m'appuyer sur mon passé pour construire.
À quoi ressemble une session d’écriture typique pour toi?
Ecriture de musique? De textes? Aujourd’hui les textes ont tendance à venir avant la musique. Ce n’était pas le cas il y a quelques années. J’étais plus préoccupé par trouver une idée musicale. Aujourd’hui les textes sont prioritaires et cela profite à la musique. Cependant, lorsque je pense tenir une bonne idée musicale, ce sont les paroles qui s’adaptent à cette idée, généralement, je coupe pas mal dans le texte. D’ordinaire quand je sens qu’une chanson arrive, je la termine en quelques jours. Je ne me mets pas sur autre chose tant que je ne l’ai pas terminée. Je ne suis pas un adepte des petits bouts de papier partout. Par ailleurs je pense que rendre l’écrit prioritaire m’a aidé à construire des chansons plus originales du point de vue structure et à sortir du classique ‘couplet/refrain’. Cela me permet aussi d’écrire plus librement et de m’affranchir de la métrique et de la rime.
Rendre l’écrit prioritaire m’a aidé à construire des chansons plus originales du point de vue structure et à sortir du classique ‘couplet/refrain’.
Tu préfères la magie du studio ou l’énergie de la scène?
Les deux se complètent. Je peux passer des heures en studio à comparer deux prises ou essayer quinze réverbs que l’on ne va pas entendre…oui, j'aime ces moments. La scène, c’est tout autre chose, c’est la corde tendue, ça ne pardonne pas si on est pas prêt. Et puis il y a l’énergie des autres musiciens, les personnes qui jouent et chantent avec moi, qui portent ce que je fais. C’est extraordinaire, cette expérience collective, ces preuves de confiance. Et quand ça fonctionne…oui, le frisson.
Quelle est la plus grande leçon que la musique t’ait apprise?
L’honnêteté.
Sur quoi travailles-tu en ce moment ? Des projets à venir à partager?
Tout est possible. Je retravaille des titres moins exploités dans une formule claviers, guitare électrique, chant avec Antoine d’Avout le pianiste de ‘Danger Birds’, notre Tribute Neil Young auquel je tiens beaucoup. J’ai 16 ans quand je joue dans ce groupe!
Je suis aussi bassiste et un peu chanteur dans un tribute à Jean-Louis Murat. Parallèlement, je continue à enregistrer des démos dans mon studio. J’écris plus de textes que je ne compose de musique en ce moment. J’ai envie de faire un lien entre mes textes et mes chansons, je ne sais pas encore comment, cela viendra.
Qu’aimerais-tu que les gens ressentent en écoutant ta musique?
Qu’ils se mettent à rêver…qu’ils voyagent dans leurs têtes.
Une phrase que l’on t’a dite et qui t’a marquée?
Dans un moment de doute, je me confiais à un ami musicien, compositeur, arrangeur de talent… et je lui disais: ‘tu sais, j’ai l’impression que mes morceaux se ressemblent pas mal en fait, il y a quelque chose qui ne va pas.’
Il m’a répondu: ‘ça s’appelle le style.’
Enfin, quel conseil donnerais-tu aux jeunes qui aspirent à devenir auteurs-compositeurs-interprètes, mais qui ne savent pas par où commencer?
Commencez petit: une phrase qui vous plaît peut vous paraître ridicule mais elle peut sonner dans une chanson…3 accords suffiront, bien que je connaisse quelqu’un (dont je tairai le nom ici) qui dirait qu’il y en a déjà un de trop…
Qu’il soit sur scène ou derrière son instrument, Michel Borla insuffle à chaque note une profonde sincérité. Sa musique nous invite à ralentir, à ressentir et à réfléchir – une expérience rare et précieuse. Restez à l’écoute, car ses prochains projets promettent d’être aussi touchants que sincères.
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Merci pour ces paroles si inspirantes! Quelques mots, quelques accords!
Deux accords c'est encore trop! Un seul accord c'est le Graal mais pour l'instant je n'ai connu que les DDB capable de le faire...Gloire aux DDB!